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Le dépannage en orbite, naissance d'une industrie spatiale

Le dépannage en orbite, naissance d'une industrie spatiale

Etats-Unis

Les satellites en orbite autour de la Terre deviennent inutiles une fois leur carburant épuisé. Ces engins ne servent donc plus à rien, même si leur système électronique est encore fonctionnel. Comment rallonger la durée de vie de ces appareils hors de prix, tel est le défi de ce qui pourrait devenir un nouveau marché spatial : le dépannage en orbite. Les détails dans cet article.

Les satellites ne peuvent plus maintenir leur orbite si chèrement calculée autour de la Terre, une fois leur carburant épuisé. Ce qui les rend inutilisables et les laisse errer dans la froideur du cosmos. Plutôt que de fabriquer de nouveaux satellites et de les envoyer en orbite dans l’espace, le tout à hauteur de plusieurs millions de dollars, réparer ceux qui se trouvent déjà au-dessus de nos têtes semble désormais être la solution.

Pour ce faire, des entreprises évoluant dans l’aérospatial se sont lancées ces dernières années dans la course au dépannage de satellites en orbite. Selon une enquête menée auprès de leurs clients, ces sociétés ont déduit qu’il serait plus rentable de réparer les satellites déjà opérationnels que d’en fabriquer de nouveaux et les transporter dans l’espace.

On jette des centaines de millions de dollars par la fenêtre.

Al Tadros est le directeur des infrastructures spatiales de la société SSL. S’exprimant jeudi dernier lors d’un forum à Washington (USA) consacré au secteur émergent du dépannage et de la maintenance de satellites, il n’a pas fait dans la dentelle. “On jette des centaines de millions de dollars par la fenêtre.”, s’est-il indigné.

SSL, qui compte bien prendre les choses en main, envisage de lancer en 2021 un engin spécialement conçu pour la circonstance. Le nom de cet appareil ? RSGS, qui aura pour tâche d’intervenir sur “deux ou trois dizaines de satellites” en orbite géostationnaire, à 36.000 km de la Terre. Dans cette zone, se trouvent à peu près 500 satellites encore en activité, dont la majorité est constituée de satellites de communications.

Le travail de RSGS s’annonce titanesque. Il devra saisir le satellite, l’inspecter, lui fournir du carburant et si nécessaire, le réparer. Cette dernière option consistera à changer certains composants du satellite. Enfin, RSGS remettra l’engin en orbite. Tout un programme en perspective. Un peu comme un “camion de dépannage en orbite géostationnaire (…) Financièrement, cela représente une très, très grande opportunité”, affirme Al Tadros.

Toujours dans la même veine, mais avec un système différent, Intelsat, le géant des télécommunications qui rassemble en son sein 11 pays et qui a jusqu‘à 50 satellites géostationnaires, opte pour l’arrimage. En d’autres termes, Intelsat enverra son véhicule nommé MEV, qui s’attachera au satellite en panne, le remettra en orbite et remplacera les moteurs en difficulté (ou épuisés) du satellite en question.

Pour ce projet, Intelsat a signé un contrat avec Space Logistics, filiale de Northrop Grumman. Selon Ken Lee, le vice-président pour les systèmes spatiaux, MEV est un “système très simple”, comparable à une “dépanneuse” et sera lancé en 2019.

Cependant, un problème majeur persiste et donne des migraines au cercle de l’industrie aérospatiale : les débris qui flottent dans l’espace. L’armée U.S a repéré au moins 23.000 objets de ce type qui flottent au-dessus de nos têtes et parmi eux, seulement 1.900 sont des satellites encore en activité. Tout le reste (qui se déplace à la vitesse de 20.000 ou 30.000 km/h) étant des objets sans utilité.

Les débris spatiaux, cauchemar de l’industrie aérospatiale

Parmi ceux-ci, environ 3.000 satellites non-actifs, 2.000 morceaux de fusées (l‘étage supérieur d’un lanceur, entre autres) et des milliers d‘éclats. Ces éclats sont la résultante de deux événements qui ont marqué l’histoire des satellites : l’explosion délibérée d’un satellite chinois par un missile en 2007 et le choc entre un satellite Iridium et un ancien satellite russe en 2009.

Comment se débarrasser de ces débris ? Pour l’heure, aucune entreprise aérospatiale n’est capable d’apporter la solution à l’ensemble de ce problème, particulièrement en ce qui concerne les petits débris. Il y a tout de même un début de piste ; des sociétés veulent évacuer les satellites morts de la très fréquentée orbite basse, jusqu‘à 1.000 kilomètres.

Pour sa part, la France somme depuis 2008 ses opérateurs à “désorbiter” leurs satellites qui ont atteint leur bout de course. Cette opération consiste à faire entrer dans notre atmosphère ces satellites, ce qui les fait se consumer en moins de 25 ans. C’est du moins l’explication fournie par Laurent Francillout, le chef de la sécurité des vols spatiaux au Centre national d‘études spatiales (CNES).

Pour ce qui concerne l’orbite géostationnaire par contre, les vieux satellites doivent s‘éloigner sur une “orbite cimetière”, 300 km plus loin. ‘‘On essaie de promouvoir ces principes” ajoute Laurent Francillout.

Même contexte, autre système. Astroscale, une petite entreprise aérospatiale japonaise, s’est tournée vers un système plutôt inattendu ; le développement d’un système d’aimants pour attraper et désorbiter des satellites. Astroscale n’a pour l’instant pas de clients, mais Chris Blackerby, son directeur des opérations, se veut optimiste et parle déjà d’un “business très viable”. Le lancement de ce système est prévu pour 2020.

Quant au futur “remorqueur spatial” d’Airbus qui sera opérationnel en 2023, il fera descendre les vieux satellites à 200 km d’altitude.

Mais il y péril en la demeure. Du coup, trouver des solutions s’avère urgent. En effet, le nombre de satellites flottant dans l’espace a grimpé à 50 % en seulement cinq ans, d’après la Satellite Industry Association. Et cette tendance est à la hausse. Aux Etats-Unis, le débat passionne et la demande d’une régulation internationale du trafic spatial se fait de plus en plus sentir. Le but étant d‘éviter des accidents, mais aussi d’anticiper sur d‘éventuels conflits entre superpuissances lancées dans la course spatiale.

“Nous ne voulons pas que ce soit le Far West”, affirme Fred Kennedy, directeur du bureau de technologie tactique à Darpa, l’agence de recherche technologique du Pentagone.

Fred Kennedy insiste sur ce point en faisant référence aux nombreux satellites militaires dont disposent les Etats-Unis, soulignant qu’ils (les USA) se doivent d’utiliser correctement ces engins autour de notre planète.

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