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Journaliste en Libye, métier à risques, même loin du front

Journaliste en Libye, métier à risques, même loin du front

Libye

Dans un pays fragmenté et miné par les conflits et les guerres d’influence, les journalistes libyens sont pris en étau entre le feu des combats au front et le parti pris de leurs employeurs qui les exposent à des représailles.

Le conflit qui a éclaté début avril au sud de la capitale Tripoli, à la suite d’une offensive lancée par les troupes du maréchal Khalifa Haftar, a exacerbé les clivages politiques et médiatiques.

En Libye, deux autorités se disputent de longue date le pouvoir: d’un côté le Gouvernement d’union nationale (GNA) reconnu par l’ONU et basé à Tripoli, et de l’autre un cabinet parallèle basé dans l’est, une région contrôlée par les forces pro-Haftar.

Chaque camp dispose de sa propre agence de presse et de sa propre télévision officielle. Et, parmi les médias privés également, chacun a désormais choisi son camp, dans le sillage de l’offensive des forces pro-Haftar contre Tripoli, exposant leurs journalistes sur le terrain à l’hostilité des belligérants.

Déjà, après la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, plusieurs télévisions appartenant à des hommes d’affaires et des politiques avait quitté le pays pour émettre de l‘étranger, en réaction à des menaces ou attaques. De nouvelles chaînes avaient aussi été créées.

Exactions

“A cause des conflits (…), les journalistes en Libye ne peuvent plus faire leur travail normalement”, dit à l’AFP Mohamad al-Najem, directeur exécutif du Centre libyen de la liberté de la presse (LCFP).

“Les médias (libyens), surtout ceux qui émettent depuis l‘étranger, sont en grande partie responsables de l’exacerbation du discours de haine et d’incitation à la violence, encourageant des exactions sur le terrain, ce qui se répercute sur leurs journalistes”, souligne-t-il.

Dans le dernier classement de Reporters sans frontières (RSF) sur la liberté de la presse dans le monde, la Libye occupe la 162e position sur 180.

Et les 32 cas d’agressions contre des journalistes recensés depuis avril par la LCFP viennent confirmer que la situation des journalistes est devenue encore plus critique depuis le début de l’offensive du maréchal Haftar.

“Les médias libyens font face à une crise sans précédent”, s’alarme Souhaieb Khayati, directeur Afrique du Nord de RSF. “Plusieurs d’entre eux se retrouvent embrigadés de gré ou de force par les factions belligérantes”, souligne-t-il.

Le 16 juillet, les autorités parallèles basées dans l’est ont interdit 11 chaînes de télévision jugées hostiles, en les accusant “d’apologie du terrorisme” et de “menace à la paix sociale”.

Par ailleurs, elles ne permettent pas aux journalistes de couvrir les combats du côté des forces pro-Haftar, contrairement au GNA, qui a ouvert le front à des dizaines de journalistes libyens et étrangers.

Selon le Département de la presse étrangère du GNA, “plus de 150 journalistes étrangers ont obtenu des visas depuis le début de la guerre”.

“Notre rôle se limite aux autorisations. Les journalistes sont par contre entièrement responsables de leur propre sécurité sur le front”, déclare à l’AFP Abdelfattah Mhenni, le directeur de ce département.

Application en cours d’expérimentation

Depuis le début de l’offensive, malgré le principe de précaution maximale, un cameraman de l’AFP et un autre de Reuters ont été blessés par balle en couvrant ces combats près de Tripoli.

Le meurtre de Musa Abdul Karim, lui aussi journaliste reporter d’images (JRI), en juillet 2018 à Sebha (sud), et plus récemment la mort en janvier 2019 de Mohammed bin Khalifa, photographe qui couvrait des affrontements entre milices, ont endeuillé ces deux dernières années.

“Les journalistes et autres professionnels des médias continuent d’être victimes d’intimidations et de détentions arbitraires”, a déploré le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, dans un rapport publié fin août.

Début mai, deux reporters d’une télévision privée anti-Haftar ont été arrêtés par les forces du maréchal alors qu’ils couvraient les combats au sud de Tripoli. Ils ont été relâchés 23 jours plus tard, à la suite de pressions tribales.

Aucun des journalistes arrêtés ou agressés n’a accepté de parler à l’AFP, par crainte pour sa sécurité et celle ses proches. Nombreux sont ceux qui ont été contraints de changer de numéro de téléphone, de déménager, voire de quitter le pays.

Pour protéger les journalistes, le LCFP veut mettre à leur disposition une application sur téléphone portable, qui permettrait de dénoncer des agressions “en toute sécurité”.

Présentée récemment à un groupe de journalistes de Tripoli, l’application “Kon Chahed” (“Sois témoin”, NDLR), est aujourd’hui en phase d’essai. Elle doit permettre de “signaler les attaques (…) et avertir les collègues qui se trouvent dans la même zone”, fait valoir le LCFP.

AFP

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