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RDC : pour son premier discours sur l'état de la Nation, Tshisekedi s'attaque à la corruption

RDC : pour son premier discours sur l'état de la Nation, Tshisekedi s'attaque à la corruption

République démocratique du Congo

Dans une ambiance survoltée, le président Félix Tshisekedi a esquissé vendredi des pistes anti-corruption en République démocratique du Congo, où les détournements, le blanchiment et les fraudes ont préoccupé toute la semaine le FMI, l’UE et la société civile.

“Je suis au courant de la persistance des pratiques de la corruption et de l’existence des réseaux de fraude massive”, a asséné le nouveau président, dans son premier discours sur l‘état de la Nation devant le Parlement.

“Tous ces réseaux seront démantelés. Et je serai intraitable dans la lutte contre la corruption”, a-t-il répété à deux reprises, suscitant la bruyante approbation des militants de son parti d’origine, l’UDPS.

La RDC est parmi les pays les plus corrompus du monde. Mais vous n'avez jamais un seul procès qui met en cause les corrompus et les corrupteurs

Ces “combattants” avaient pris place en tribune derrière les députés et sénateurs, majoritairement issus des forces politiques fidèles à l’ancien président Joseph Kabila.

Mais au-delà d’une “cellule du climat des affaires” pour lutter contre le “harcèlement fiscal” des entrepreneurs, et d’une “agence pour le changement des mentalités” déjà annoncée, Félix Tshisekedi n’est que timidement entré dans le vif des propositions concrètes.

Il a souhaité la création “d’une juridiction spécialisée dans la lutte contre la fraude fiscale, le blanchiment des capitaux ainsi que le détournement des deniers publics”, devant un parterre d’officiels, dont son directeur de cabinet Vital Kamerhe.

M. Kamerhe est l’un des quatre responsables cités par l’Inspection générale des finances (IGF) dans un rapport sur l’affaire des 15 millions de dollars qui ont échappé au Trésor public. Le parquet a annoncé une enquête en août, sans suite jusqu‘à présent.

Un des pays les plus corrompus au monde

L’offensive anti-corruption venait en défense du projet de budget 2020, estimé à 10,2 milliards de dollars, contre 5,5 pour l’année en cours.

Une hausse irréaliste pour le FMI, actuellement en mission à Kinshasa : “C’est très rare qu’un pays soit capable d’augmenter ses revenus de 50 à 60 % d’une année sur l’autre”, a réagi son représentant à Kinshasa, Philippe Egoume, cité par Bloomberg.

La mission du FMI veut aider la RDC à muscler ses lois pour “la lutte contre le blanchiment de l’argent et aussi dans la lutte contre la corruption”, a ajouté M. Egoume à l’AFP.

Lundi, l’Union européenne a aussi proposé ses services à la RDC contre “la persistance de la corruption, du blanchiment d’argent, des atteintes au droit de propriété et du détournement de fonds publics”.

Pays riche en minerais (or, coltan, cobalt…), la RDC est l’un des pays les plus pauvres du monde, avec un revenu moyen de 457 dollars par an et par habitant. La faute, en partie à une corruption intensive : la RDC occupe la 161e place – sur 180 – dans le classement de Transparency international sur la corruption publié en janvier 2019.

Le président a détaillé les contours de l’hydre à mille têtes : harcèlement des PME par des agents non-habilités, “dizaines” de services aux frontières contre quatre prévues par la loi, “barrières” routières de péages illégaux, qui “doivent être supprimées immédiatement”.

Au quotidien, le simple chauffeur de taxi est toujours “rançonné” par des agents du “roulage” (des policiers en charge de la circulation), “comme au temps du président Kabila”, déplore l’avocat et militant des droits de l’homme, Jean-Claude Katende.

“Le Congo n’est pas à vendre”

“La RDC est parmi les pays les plus corrompus du monde. Mais vous n’avez jamais un seul procès qui met en cause les corrompus et les corrupteurs”, ajoute-t-il.

“Soit la justice n’est pas prête, soit elle n’a pas l’expertise”, poursuit-il, souhaitant une véritable “agence de lutte anti-corruption” et lieu et place de l’“agence pour le changement des mentalités” qui ne produit aucun effet.

A Kigali, le lanceur d’alerte congolais réfugié en France Jean-Jacques Lumumba a reçu lundi un prix contre la corruption, en présence du président rwandais Paul Kagame.

Le petit-neveu du héros de l’indépendance congolaise Patrice Lumumba reconnaît que le voisin rwandais est un exemple : “C’est le deuxième pays le moins corrompu d’Afrique. Il a fait des progrès sur la coercition et la répression. On sent dans la ville que les personnes ont peur d‘être attrapées pour des faits de corruption”.

Lundi à l’occasion d’une journée mondiale contre la corruption, un mouvement Unis a décrété 2020 “année de lutte contre la corruption” en RDC.

Son coordinateur Jimmy Kande – cadre bancaire comme Jean-Jacques Lumumba – veut attaquer le mal à la racine : “En 2020, nous allons travailler avec les écoles pour que les élèves et écoliers soient sensibilisés aux conséquences de la corruption”.

Regroupées dans un mouvement le “Congo n’est pas à vendre”, une dizaine d’ONG congolaises demandent au président Tshisekedi d’afficher “la rigueur de la sanction inconditionnelle contre les auteurs des détournements et de la corruption”.

Un proche collaborateur du chef de l’Etat a été incarcéré récemment pour avoir concédé de manière illégale un mandat à une entreprise canadienne intéressée par l’exploitation de diamants. il a été remis en liberté jeudi soir.

AFP

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